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1840 - 1850 - Töpffer, Forbes & Studer, les premiers ambassadeurs du val d'Hérens

Dans le haut val d'Hérens, le progrès est lent à s'introduire: en 1840, une montre excite encore la curiosité; nombre de maisons ont encore en guise de vitres des feuilles de papier ou l'enveloppe de l'estomac de moutons (la tripa). Les vieillards portent encore la cadenette, les culottes courtes, les souliers à boucles - cela dura jusqu'en 1860 — et les femmes, la tresse (la guazza). Il n'y a pas d'auberge dans la vallée et un voyageur y est un phénomène.

Ce dernier fait est confirmé par l'Anglais James Forbes, professeur à Edimburg, accompagné du professeur et géologue Studer de Berne et d'un guide qui, après avoir essuyé la mauvaise humeur de la soeur du curé, trouvèrent avec peine dans le village d'Evolène un unique lit qu'ils tirèrent à la courte bûche. Le curé l'assura qu'ils étaient les premiers voyageurs venus à Evolène cette année 1841, et l'on était pourtant dans la seconde moitié d'août; le paysage l'intéressa plus que les gens : « ...les environs d'Evolène sont riants et fertiles. La vallée large et bien irriguée, recouverte de pâturages, d'étables, de chalets qui s'élèvent des deux côtés à une hauteur considérable »

Les relations de Fröbel et Töpffer eurent un grand retentissement et popularisèrent les noms d'Hérens, d'Hérémence et d'Evolène. Le retour à un calme relatif en Suisse et en Europe, ainsi que l'ouverture d'un chemin carrossable, bientôt suivie de celle d'un hôtel contribuèrent à y attirer un flot croissant de visiteurs et d'amis du pittoresque, tant artistes et écrivains qu'alpinistes et naturalistes.
1841 - Guide Joanne sur la Suisse, première édition
Voyager en Suisse ? Pas si simple ! Mais mieux vaut encore voyager dans un pays dont on ne connaît pas la langue que de ne pas voyager du tout...

Ayant remarqué, durant ces dernières années que les Français commençaient enfin à sentir les plaisirs et à comprendre l'utilité des voyages, Adolphe-Laurent JOANNE, journaliste et homme de lettres Parisien, a pensé leur rendre un véritable service en faisant pour eux ce qu'Ebel avait fait pour les Allemands, et Murray pour les Anglais, c'est-à-dire un Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, et des contrées voisines les plus curieuses à visiter.

Loin des « Impressions de voyage en Suisse », mélange de chroniques historiques et de carnets de routes parfois imaginaires formant un « mode d'emploi de la Suisse à l'usage des Français » plus proche de la fiction que de la réalité, ouvrage publié en 1834 par l'écrivain français encore méconnu Alexandre Dumas qui « aurait » sillonné le pays durant trois mois en 1832, l'ouvrage d'Adolphe-Laurent JOANNE, fruit d'une année de recherche et de travail et comprenant pas moins de 635 pages, prodigue, outre une multitude d'itinéraires précis, moulte conseils et informations aux voyageurs.

De l'époque de l'année la plus favorable pour parcourir les diverses contrées décrites dans son itinéraire, aux dépenses d'une voyage, des papiers d'identité nécessaires, des distances à parcourir et des moyens de transports (postes, diligences, bâteaux à vapeur, voiturins, calèches, chars-à-bancs, chevaux et mulets, chaises à porteur) au voyage à pied, au costume et aux bagages...

De la complexité de la multitude de monnaies, de mesures et de poids, souvent différents d'un canton à l'autre aux guides, porteurs et auberges et aux difficultés liées à la langue

-> Entretien avec M. Adolphe-Laurent Joanne (utilisateurs enregistrés)

« Une femme qui peut aller à cheval, qui sait marcher quatre ou cinq heures au besoin, qui ne craint pas de brûler son teint au soleil ou de se laisser mouiller à la pluie, peut encore se promettre de visiter assez en détail l'intérieur de la Suisse, pour peu qu'elle ait dans l'âme de cette énergie que développent les difficultés, et de ce sentiment qui s'enflamme au grand spectacle de la nature ; et tout homme assez libre pour faire ce voyage, mais que l'appréhension de la fatigue ou des dangers peut retenir, est un malheureux que l'habitude de ses aises condamne aux privation des plus grands plaisirs, ou un lâche fait pour croupir dans la mollesse et l'oisiveté. » Mad. Roland, Lettres sur la suisse, 1787

« Celui qui visite un pays étranger avant d'avoir appris la langue de ce pays va à l'école au lieu de faire un voyage. » Bacon

« Autant de langues sait un homme, autant de fois il est homme » Charles-Quint

Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, page 342, route no 39 - Val d'Hérens

Excursion au glacier d'Arolla

...de Saint-Barthélémi, une petite plaine conduit à une autre montée, au haut de laquelle on atteint le glacier d'Arola et non pas de Rolla, comme l'indique Keller. Montant à droite, on arrive à une alpe, où l'on aperçoit un autre glacier nommé de Cigoure-Neuve.

A l'est le glacier d'Arola descend en deux bras du Mont Golon ou Collom, se réunit au-dessous et tombe doucement au fond de la vallée dans la direction sud au nord. À l'est s'élève une aiguille qui rejoint le Véjui : la Vouille de la Za, aiguille de la Chaux. À l'ouest, une autre aiguille, la Peigne-d'Arola, domine le glacier. Derrière la Peigne on aperçoit la plus haute cime de ce groupe entièrement couverte de neige, et appelé le Grand-Optemma, ou Antemma.

M. Escher, dans la nouvelle édition d'Ebel, assure qu'un passage qui n'est nullement dangereux conduit d'Evolena à Aoste par le glacier d'Arola et le val Pennina.

1842 – John Murray III - Hand book for travellers in Switzerland and the Alps of Savoy and Piedmont (deuxième édition)
John Murray III (1808–1892) éditeur britannique, troisième du nom à la tête de la John Murray Company fondée à londres en 1768, mentionne, dans la nouvelle édition de son "Hand Book for travellers in Switzerland and the Alps of Savoy and Piedmont" (1ère parution en 1838), un passage reliant Prarayer à Arolla.

Route 109 - Col de la Fenêtre

« Ce n'est pas le seul passage du Val Pellina à travers la grande chaîne. Un autre y est praticable. Bien que difficile, il n'est pas dangereux de franchir le Col d Ollen qui se trouve entre les chalets de Prerayen dans le Val Pellina et St Barthelemy au-dessus d'Evolena dans le Val d'Herens ou Eringerthal qui débouche sur le Vallais près de Sion. Un domestique de l'aubergiste de St Remy, du côté italien du Grand St Bernard, y est passé avec plus d'un voyageur. »

Voyage en zigzag dans le val d'Hérens: Rodolphe Töpffer chez le président Favre et mention du col Collon

Disciple du fameux Weitling et par surcroît libraire pour mieux propager ses idées, Fröbel vint-il en Valais comme émissaire de la Jeune Allemagne et dans un but de prosélytisme? Ses efforts éventuels dans la vallée d'Hérens auraient été négatifs. On sait que le parti du progrès, représenté par le président Favre d'Evolène, avait, par son adhésion au gouvernement de Sion, provoqué le combat de St-Léonard du 1er avril 1840 et la soumission des Hauts-Valaisans au nouvel ordre de choses; mais il resta toujours en manifeste minorité. Ce fut chez Favre et quelques conseillers que furent reçus en été 1842 Rodolphe Töpffer et sa joyeuse bande de pensionnaires. A quelque chose, progrès est bon. Pour la première fois, des étrangers sont accueillis avec cordialité et le savoureux journal du chef de course rend à Favre un hommage où perce une pointe de malice.

A la nuit tombante, nous atteignons aux cabanes d'Evolena. Femmes, vieillards, enfants, jeunes hommes groupés des deux côtés de la ruelle bourbeuse nous accueillent comme des sortes de Castillans venus d'au delà de la grande eau tout exprès pour honorer la contrée de leur présence; puis s'apercevant que, parmi ces huttes embraminées également, nous ne savons pas laquelle s'est ornée de fourchettes pour nous recevoir et d'assiettes pour nous nourrir, ils nous désignent à l'envi la demeure du cacique Favre. Nous y entrons. A demi séchés déjà, nos camarades de l'avant garde y occupent le vestibule, et rangés autour d'un grand feu, ils y présentent celui-ci un bras roide, celui-là un dos transi.

Quel dommage de les déranger! Et cependant, à la vue de nos blouses trempées, ils s'apprêtent déjà à nous faire place, lorsque nos hôtes, pour parer à tout, se décident soudainement à répartir entre les cabanes voisines l'oeuvre de cuire notre souper.

Vite alors on expatrie les marmites, on déménage le potage, la cuisine nous est livrée, et, assis sur des fagots devant l'âtre embrasé, nos blouses fument, la sécherie commence, la chaleur pénètre, et la joie circule. Ah! vivent les chaumières! Où trouver ailleurs cette prompte aubaine d'une riche flamme, ce gai vacarme du bois qui éclate, des résines qui pétillent, cette naïveté des gens et des marmites, des voisins et des potages?

Non, toute bûche n'est pas un mélèze; tout foyer n'est pas un âtre; toute salle n'est pas une cuisine enfumée; toute hospitalité n'est pas prévoyante, désintéressée, primitive, et il y a du vrai certainement dans ce que l'on nous conte de l'âge d'or! Du reste, bonne compagnie, et le guide Falonnier, qui nous entretient des différents passages par où l'on peut, d'Evolena, gagner d'autres vallées.

Ce brave homme voudrait nous mener partout, et surtout au pays d'Aoste, par le glacier d'Arola, où, dit-il, toute une troupe d'écoliers passa il y a quelques années sans qu'il en ait péri plus d'un, et encore c'était par sa faute. Mais c'est à Zermatt, lui disons-nous, que nous voulons aller. " A Zermatt! justement, par le glacier, en moins de neuf heures, je vous y rends. Avant hier, j'y ai guidé un monsieur de Genève. Par le beau temps, voyez-vous, c'est tout plaisir, notamment qu'à un endroit qui était joliment mauvais, on s'en est tiré des mieux. » Ceci ne tente pas du tout M. Töpffer, qui s'arrête au projet de passer en Anniviers, par le col des Torrents. "En ce moment, M. Töpffer est prié de vouloir bien se transporter dans une maison voisine. Là il trouve le président Favre, qui, entouré des anciens, délibère des choses de notre souper. On le promène ensuite de tonneau en baril, afin qu'il choisisse pareillement entre du rouge d'Ardon et du muscat de Sierre. Jaloux alors de reconnaître tant de courtoisie par quelque flatteuse politesse, M. Töpffer déguste avec recueillement, examine avec solennité, puis il déclare positivement qu'entre des vins aussi égaux d'excellence, il lui est impossible de faire un choix, en telle sorte que, si la permission lui en est donnée, il optera pour tous les deux à la fois. Cette réponse est accueillie par les anciens comme aussi remarquable en elle-même qu'honorable pour la commune, et le président Favre se fait, tant en son nom qu'au nom de ses collègues, l'organe respectueux de ces sentiments. Après quoi M. Töpffer est reconduit auprès de l'âtre.

« A la vérité les hommes d'Evolena, dans la vallée d'Hérens, se rendent, par le glacier d'Arola, dans le pays d'Aoste, et les hommes de Zermatt, par le glacier de Saint-Théodule, dans les vallées du Piémont; mais ces rudes et périlleuses traversées, bien loin de con courir à l'altération des moeurs, concourent au contraire à conserver à ces moeurs leur trait de fruste vigueur et d'antique énergie. Combien, en effet, ne faut-il pas supposer chez ces montagnards de Zermatt ou d'Evelona de foi dans leurs vieilles coutumes et d'ignorance des choses modernes, de confiance traditionnelle dans les usages de leurs pères et de saine insouciance des usages du dehors, pour que, tout voisins qu'ils sont de deux passages sûrs et faciles qui mènent sur le revers italien, ils continuent d'y pénétrer au travers d'un désert de glaces, en bravant à la fois l'abîme béant et la tempête formidable ! »

-> Voyage en zigzag dans le val d'Hérens (utilisateurs enregistrés)

Travels through the Alps of Savoy and Other parts of the Pennine Chain: David James Forbes de la Valpelline à Evolena par le col Collon
En Août 1842, les professeurs Forbes et Studer, voyageant de Val Peline à Evolena, franchissent le col Collon et font une bien macabre découverte sur l'immense et interminable glacier d'Arolla.

Extraits du récit de leur périple de Proroyer à Arolla, témoignage du professeur David James Forbes, « Travels through the Alps of Savoy »

Toutes nos cartes étaient fausses. Le passage avait dû être dessiné au hasard. On verra par le Croquis Topographique no VI, qui se rapproche sans doute le plus de la réalité, que le chemin du col passe par la première vallée latérale du val de Biona, juste en aval de Proroyer. On y trouve en effet une gorge profonde complètement glacée à son extrémité supérieure. La nature de la roche y permet cependant une ascension plus facile que le glacier qui surplombe le val de Biona.

Nous passâmes quelques misérables cabanes de bergers et en suivant un torrent impétueux arrivâmes au pied d'un glacier qui descendait sur notre gauche, bloquant la vallée avec sa moraine prodigieuse et un marécage au-dessus. Cet obstacle franchi, nous avons progressé sur notre droite en ayant en face de nous un autre grand glacier qui descendait du Col de Collon et, plus à gauche, un grand glacier raide qui semblait descendre du groupe de montagnes relié à l'origine du Glacier de Chermontane.

Poursuivant une ascension très raide et laborieuse sur les rochers sans toutefois aucun danger, nous gagnâmes le glacier où la pente était plus douce. De là, nous avons pu apercevoir, de loin, le Col. La glace n'était pas très crevassée et nous avons pu progresser à l'aise. Lorsque que nous atteignîmes enfin les neiges éternelles, il nous fallût alors poursuivre avec plus de prudence.

Nous laissâmes sur notre droite la masse des montagnes qui séparent le col de la tête de Valpelline et sur notre gauche de nouvelles et inédites chaînes qui ont commencé à apparaître, avec des affleurements rocheux s'élevant au-dessus du col où nous avons été surpris de trouver une petite croix de fer prouvant que ce passage était bien connu des gens de la région bien que non fréquenté par les voyageurs.

Le seul voyageur que je savais être passé ici était M. Godefroy, l'auteur d'un Essai sur Glaciers. Nous avions maintenant aussi appris le secret de notre ami « l'habit rouge », qui connaissait très bien cette obscure route lorsqu'il admît qu'il y était souvent passé avec des braconniers qui utilisaient tous les cols les moins fréquentés pour faire passer de la marchandise en fraude entre la Suisse et le Piémont.

Nous atteignîmes le Col trois heures après notre départ du chalet, ce qui était plus tôt que prévu et comme il n'était seulement que neuf heures et qu'il faisait grand beau, nous nous sommes assis longuement sur les rochers du côté ouest du Col pour y apprécier le noble paysage.

Le col est entouré par tant de sommets encore plus élevés que la vue ne portait pas très loin. Au nord se dessinait la tour majestueuse du Mont-Collon, balayée par le glacier très vaste que nous avions encore à parcourir sur toute sa longueur pendant plusieurs heures et à l'est, au-delà des champs de neige rose, les sommets immaculés qui semblaient pour moi être les mêmes que j'avais vus depuis le col de Ferpècle...

Nous avons passé une heure de détente et de bonheur, voyant notre chemin clairement et les doutes s'estomper quant à l'accomplissement du passage. Nous nous sommes mis en route et avons attaqué la descente du glacier qui se trouvait devant nous.

Il y avait bien quelques crevasses mais nous marchâmes avec précaution sur la neige, en ligne mais sans cordes. Nous descendîmes rapidement tandis que la forme majestueuse du Mont Collon prenait de l'ampleur sur notre gauche. Une fois rassuré par le bon déroulement de l'expédition, notre guide lâcha un cri sauvage et sonore que les échos de ces précipices prodigieux, rarement réveillés, répétèrent en tons encore plus fantastiques. Il ajouta que cet écho était bien connu des contrebandiers et que la réverbération du Mont Collon a souvent servi à les guider par temps de brouillard sur une piste qui peut devenir très périlleuse. Pendant que nous nous amusions avec les cris discordants et les réponses de la montagne, notre attention a soudainement été attirée par un un objet sombre gisant sur la neige à notre gauche, juste sous le précipice du Mont Collon. Nous n'étions pas encore assez bas pour avoir retrouvé la vive glace sous nos pas. Les neiges éternelles nous ont offert le spectacle du corps d'un homme entièrement vêtu tombé avec sa tête dans la direction dans laquelle nous allions.

A voir l'état du corps, on aurait pu présumer que la mort était récente, mais lorsque la tête fut soulevée, le visage était couvert de sang et dans un état de délabrement affreux, laissant présager qu'il était fort probablement là depuis un an, parfaitement conservé par le gel! Les vêtements étaient intacts et encore gelés, protégeant le reste du corps. De par sa position dans la pente, il apparaissait qu'il avait tenté de regagner la vallée à la hâte et que ses forces l'avaient abandonnés.

Le soleil brillait de toute sa splendeur et le désert même de la neige éternelle semblait réjoui dans la sérénité de ce jour de l'été, mais nous ressentions un frisson profond résultant du danger qui pouvait rôder ici: Nous n'étions que de simples hommes dans la chambre de la mort.

Notre ami de Biona, bien qu'il ait été le premier à soulever et à manipuler le corps et bien qu'il ait examiné les vêtements rigides pour en sortir, avec notre consentement, les effets qu'ils contenaient, avait exécuté tout cela avec une indifférence apparente. Nous avions à peine quitté la place qu'il nous a malgré tout déclaré qu'il rentrerait par le Grand-St-Bernard plutôt que de revenir seul par cet endroit. Il faudrait en effet du cran, une sacré résolution et de la chance avec le temps pour qu'un homme solitaire puisse passer seul un col comme celui-ci.

Un peu plus loin, nous avons trouvé les traces d'une autre victime, probablement d'une date antérieure: quelques lambeaux de vêtements et des fragments d'un sac à dos, mais le corps avait disparu. Un peu plus bas, les restes, os et peau de deux chamois et près d'eux le squelette complet d'un autre homme.

Le glacier se posait ensuite dans une vallée régulière en abandonnant les grandes pentes. Il était délimité par le Mont Collon à gauche et à droite par des falaises abruptes, principalement de gneiss, dans laquelle nous pouvions voir distinctement les veines granitiques bien caractérisées en zig-zags irréguliers à travers la masse. Ce glacier, interminable sur lequel nous étions et qui occupait tout le fond de la branche ouest de la Vallée d'Erin, n'est autre que le glacier d'Arolla.

Nous aurions probablement progressé plus facilement en continuant de marcher en son centre, mais notre guide nous a conseillé de suivre la rive droite le long de la moraine, passage rude et exténuant sur des blocs mobiles angulaires sans trace du moindre chemin. Ce fut de loin la partie la plus pénible et désagréable du voyage. La structure du Glacier d'Arolla présente des bandes ou des veines presque parallèles et verticales à travers une grande partie de sa longueur aux formes rondes et conoïdales. L'extrémité inférieure est crevassée, très propre et a, vu de dessous, un aspect encore plus imposant lorsque le majestueux sommet du Mont Collon se dresse, dominant, en arrière plan. Les bandes frontales sont très distinctes, et ce même à une distance d'un mile ou plus. Celles-là même très marquées que décrit la Mer de Glace de Chamouni. Je les ai appelées bandes de terre mais ce sont peut-être des anneaux ou des marques de croissance annuelle du glacier. Elles sont magnifiquement développées et se reproduisent à des intervalles marquées avec une précision quasi mathématique.

Un certain nombre d'arbres de pins désolés et rabougris occupent la rive ouest et semblent refroidis par la proximité de la glace. Beaucoup sont morts et de nombreux autres sont à terre. Leur espèce est le pinus cembra. Les plus robustes poussent partout en Suisse et sont par conséquent fréquents à haute altitude. Ce pin a différents noms dans les Patois de Savoie et dans de nombreux autres endroits. Il est appelé Arolla, d'où le nom de la vallée et du glacier, donne un fruit comestible et un bois doux et noble qui se prête à merveille à la sculpture, très apprécié tout spécialement dans les Alpes du Tyrol et de l'Est.

Ce bois de pins se trouve exactement entre le fond du glacier d'Arolla et une petite détachée descendant de la montagne appelée Pigno d'Arolla, sommet trônant sur le côté ouest du grand glacier.

Nous prîmes un peu de temps pour contempler la majestuosité de la scène dont je fis un croquis à partir de laquelle la plaque VI a été exécutée avant de descendre vers la vallée.

Les Chalets d'Arolla étaient construits un peu plus bas, de l'autre côté d'un torrent sur notre gauche et le berger qui les gardait, s'apercevant du spectacle inhabituel de visiteurs, est venu à notre rencontre et nous a courtoisement invités à nous reposer. Comme la journée n'était pas trop avancée et le chemin maintenant plus aisé, nous nous arrêtâmes pour partager son fromage et du pain dur tartiné d'un beurre excellent.

Depuis ces chalets, la vue sur le glacier était encore plus impressionnante qu'à proximité. Une de nos premières questions a été celle concernant le sort des malheureux dont nous avions observé les dépouilles. Il est apparu que notre interlocuteur, Pralong de son nom, avait été lui-même fait partie de l'expédition à laquelle appartenait l'homme décédé récemment. Fin octobre de l'an dernier (1841), ils avaient commencé leur traversée depuis le Piémont. Les douze hommes s'étaient fait rattrapé par une énorme tempête et ils avaient dû se résoudre à revenir sur leurs pas. Trop tard pour trois d'entre eux qui, usés par la fatigue et engourdis par le froid, avaient été abandonnés. Leur propre sort avait dépendu de ce sacrifice.

Notre nouvelle connaissance d'Arolla nous a donné moultes autres informations très intéressantes. Après nous avoir complimenté sur le passage que nous avions franchi, il nous a demandé si nous n'étions pas désireux de tenter le passage, plus ardu, entre Evolena et Zermatt, en nous assurant que lui et son père l'avaient plus d'une fois réalisé et qu'ils étaient en effet les seules personnes dans la vallée qui l'avaient fait.

Le Berger Pralong nous accompagna jusqu'à Evolena. La descente sur les Haudères, là où la vallée d'Arolla rejoint celle de Ferpecle, l'union des deux formant la Vallée d Erin - fut belle et très agréable. Au hameau de Chatorma nous avons remarqué des rochers striés et polis, absents dans la Valpelline. Au-dessous de St Barthelemi, le chemin devint plus raide. Le torrent y descendais dans des rapides dont les rives sont revêtues de bois de mélèze et de pin. Un ravin tout à fait grandiose et pittoresque. Ensuite vinrent des prairies escarpées arrosées et nous traversâmes un torrent, puis un autre, et nous atteignîmes le hameau des Haudères.

1843 - Gottlieb Studer - Topographische Mittheilungen aus dem Alpengebirge : mit Atlas von Bergprofilen
le 13 août 1842, l'alpiniste bernois Gottlieb Studer, auteur d'un panorama dessiné depuis le sommet du Sasseneire le 21 août 183, nomme, dans son ouvrage "Topographische Mittheilungen aus dem Alpengebirge: mit Atlas von Bergprofilen" paru en 1843 et préfacé par le professeur Bernhard Studer, parmi les plus importants sommets de la crête sud des Alpes qu'il aperçoit depuis le sommet de la Jungfrau «  Le Pignes de la Rolla (ou Arolla, comme les nouveaux voyageurs le nomment) derrière Evolena... »
1844 - Triangulation du fond du val d'Hérens par Berchtold-Müller
Dans le Canton du Valais, les premiers travaux trigonométriques ont jailli de l'initiative privée et non de celle des sphères officielles.

En Valais, ce fut le chanoine Josef-Anton Berchtold, originaire de Morel, né en 1780, qui créa la triangulation primaire. Berchtold raconte lui-même que c'est par hasard qu'il entreprit cette tâche où il pouvait aller de l'avant sans être critiqué à tout propos.

Cette base située dans la plaine de Champsec, près de Sion, fut reportée, à l'aide d'un réseau de rattachement sur le côté Mont d'Orges-Lens et marquée sur ces points par des entailles dans le rocher. Dans les années de 1832 à 1834, Berchtold étendit peu à peu sa triangulation sur la partie moyenne du Canton.

Par suite de grandes difficultés, causées soit par le mauvais temps soit par la méchanceté des hommes, et à cause du peu d'encouragement qu'il recevait du gouvernement, Berchtold chercha du soutien ailleurs. Fin de l'automne 1834, il obtint du Général Guillaume-Henri Dufour – en charge de l'établissement de la carte topographique de la Suisse au 1:000 000 - la promesse d'une aide financière et de sa collaboration à la triangulation du Valais.

Dans les années 1835 et 1836, le chanoine Berchtold, aidé par son neveu Josef-Anton Müller, exécuta les observations trigonométriques tant à l'Ouest qu'à l'Est du pays. Au cours des années suivantes, de 1837 à 1844 la triangulation fut étendue dans la plupart des vallées latérales.

Dans un courrier daté de mars 1844, Berchtold fit part à Dufour qu'il ne manquait plus que la partie la plus profonde de la vallée d'Hérens, la mer glaciale d'Aletsch et de la source de l'Aar pour compléter sa triangulation du Valais.

En juin 1845, Dufour accusera réception d'un étui contenant le canevas trigonométrique de tout le Valais collé sur toile, permettant la publication de la première feuille de la carte nationale Dufour.

Le « plan de Bertol » était-il à l'origine le « plan de Berchtold » car utilisé par le chanoine comme point de triangulation durant les travaux trigonométriques qu'il aura effectués au courant de l'été 1844 ?

1844 - Agassiz geologische Alpenreisen, Topographische Skizze der Hochgebirgsgruppen, von Carl Vogt
Jean-Louis Rodolphe Agassiz - géologue renommé pour sa mise en évidence du rôle des glaciers dans la morphologie quaternaire des continents (caractères du modèle glaciaire en montagne) - publie en 1844 son « Voyage Géologique dans les Alpes ». Carl Vogt, son assistant à Neuchâtel de 1839 à 1844, y décrit, dans son « Croquis topographique des hautes chaînes de montagnes » le val d'Hérens.

On y apprendra que « De Bramois, à deux heures en aval de Sierre, s'ouvre en un torrent tempétueux la dernière grande vallée en relation étroite avec le massif du Matterhorn, le Val d'Hérens (ou Eringerthal). » À partir du village d'Hérémence, « les Aiguilles Rouges divisent la vallée en deux branches distinctes : le val d'Hérémence (ou de Borgne) à l'ouest et le Val d'Erin, pittoresque de par sa nature et son histoire , à l'est ».

À la hauteur des Haudères, à une heure du village principal d'Evolena, « le massif de l'Aiguille de la Za sépare à son tour le val en deux parties. Côté est, un bras très court monte jusqu'au puissant glacier de Ferpècle qui descend de la Dent d'Erin. Ce glacier rejoint dans sa partie supérieure le glacier de Zmutt. Ses champs de neige courent au sud jusqu'au Matterhorn et à la Dent d'Erin et au nord jusqu'à la Dent-Blanche. Un passage permet de se rendre jusqu'à Zermatt.

Côté ouest, un bras plus long s'enfonce entre l'Aiguille de la Za et les Pointes rouges jusqu'au Glacier de l'Arolla. Par ce glacier, au pied du Mont-Collon, il y a un passage pour Prarayon dans le Val Pellina. Sur la partie supérieure de ces champs de neige, on peut également atteindre le glacier de Ferpècle pour ensuite descendre sur le glacier de Zmutt.

1844 - Réunification de la commune d'Evolène
Dans sa séance du vendredi 22 novembre 1839, le Grand Conseil décrétait la séparation définitive de l'ancienne commune d'Evolénaz.
On sait que le parti du progrès, représenté par le président Favre d'Evolène, avait, par son adhésion au gouvernement de Sion, provoqué le combat de St-Léonard du 1er avril 1840 et la soumission des Hauts-Valaisans au nouvel ordre de choses; mais il resta toujours en manifeste minorité. «... Ces hommes, inscrivit Töpffer, ont leurs opinions aussi, mâles, instinctives, liées à leurs croyances, à leurs affections et à leurs coutumes; il tiennent pour le clergé, pour la noblesse, pour l'ancien gouvernement et c'est très sérieusement que le président Favre nous signale parmi eux ce que lui, qui est du côté du mouvement, appelle des aristocrates. Des aristocrates, jamais nous n'en avions vus de cette figure, tous jeunes et vieux, femmes et enfants, vêtus de pauvre bure, chaussés de gros sabots, qui passent le jour à briser des mottes, à éparpiller le fumier, à remuer sans relâche la lande ingrate dont ils se contentent. »

Lors de la séance ordinaire du Grand Conseil du 2 décembre 1844, suite à la demande des Haudères, la réunion de leur commune à celle d'Evolène est à l'ordre du jour. Le préavis du Conseil d'État propose la réunion provisoire pour deux ans. La majorilé de la commission propose la réunion définitive à condition que les emplois soient partagés entre les deux communes pour éviter l'abus que la majorité pourrait faire de son influence.

Votation :

a) Pour le préavis du Conseil d'État, minorité.

b) Pour la réunion pure et simple, 47 voix; majorité.

1846 - John Murray III - Hand book for travellers in Switzerland and the Alps of Savoy and Piedmont (troisième édition)
Dans sa troisième édition de son guide pour "voyageurs en Suisse, dans les Alpes de Savoie et du Piémont", John Murray III revisite le val d'Hérens en citant les écrits du Professeur Forbes qui a franchi le col de Collon durant l'été 1842.

ROUTE 58.

Sud de Sion, le peu connu et peu visité val d'Erin s'étend loin à l'intérieur de la chaîne principale des Alpes. Il se divise en 2 branches : celle d'Hérémence menant au glacier de Lenaret et celle d'Évolène (dont le village est à 8 heures de Sion) qui court jusqu'aux grands glaciers de Ferpècle et d'Arolla et aux cols difficiles du Collon et d'Erin (qui mène à Zermatt). De ces cols, la vue sur le Cervin et le Mont Rose sont des plus magnifiques, mais les difficultés sont grandes. Aucun logement pour voyageurs à Evolena. Pralong était le guide du Professor Forbes, à qui nous devons le meilleur et le premier compte rendu de cette partie des Alpes!

ROUTE 61 - AOSTA TO SION BY THE VALPELLINE AND COL DE COLLON

Il y a un bon chemin muletier jusqu'à Prerayen qui appartient aux jésuites d'Aoste qui y séjournent en été. Les chalets y sont en conséquence en un peu meilleur état que la plupart de ceux du Piémont. Il n'y a pas d'auberge dans le Valpelline.

SeLon les mesures du Professeur Forbe's, le col culmine à 10,333 pieds anglais. Sur la gauche se trouve une crête de roches sur laquelle est plantée une petite croix en fer datant de 1754. Un épais vernis de rouille semble protéger le métal de la désintégration. La vue du col est grandiose même si elle ne porte pas bien loin : on y voit que des pics et des gonfles de neige.

La haute crête déchiquetée à l'est qui sépare le glacier d'Arolla de celui de Ferpecle se nomme, selon le professeur Forbes, les Dents des Bouquetins.

À l'ouest, un autre très grand glacier descend de l'autre côté du Mont Collon et communique avec le haut du Val de Bagnes. Du pied du glacier à Evolena, compter environ 4 heures au milieu d'un majestueux paysage. Total de Prerayen à Evolena environ 10 heures. De là jusqu'à Sion, 6 bonnes heures je suppose. La partie inférieure de la vallée ne semble pas être de premier ordre, je ne l'ai pas visitée.

À une heure au-dessus d'Evolena, la vallée se divise en deux branches : celle qui mène au glacier d'Arolla et col de Collon et celle menant au glacier de Ferpecle et col d'Errin (passage qui, selon Forbes, ne portait pas de nom dans le pays).

à suivre...
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